Marius DOROBANȚU, Imago Dei, personhood and human dignity: theological reflections on the challenges of strong Artificial Intelligence.

Classé dans : Ethique | 0

L’ami Marius DOROBANȚU soutient aujourd’hui son doctorat en éthique à l’Université de Strasbourg. Sa thèse porte sur l’anthropologie théologique et les défis potentiels de l’intelligence artificielle à l’échelle humaine. Il est titulaire d’un master en théologie de l’Université de Nimègue (Pays-Bas) et d’une licence en théologie orthodoxe de l’Université de Bucarest (Roumanie).

Marius DOROBANȚU

Sa recherche doctorale est en partie fondée sur une hypothèse dont certains parlent beaucoup ces dernières années : une intelligence artificielle (IA) de niveau humain, une « IA forte ». Peut‑être cette hypothèse ne se réalisera‑t‑elle jamais ? Peut‑être est‑elle tout simplement mal formulée ? Si elle devait se réaliser, cela poserait des défis redoutables à l’anthropologie en générale et à la l’anthropologie théologique chrétienne singulièrement. Quoiqu’il en soit, c’est un cadre de réflexions suggestif pour interpeler la Tradition chrétienne et tenter de poursuivre le travail d’explicitation de la Révélation.

En effet, l’une des grandes questions de l’anthropologie aujourd’hui est celle de la spécificité humaine. Celle‑ci est confrontée d’une part à la question de l’animalité c’est‑à‑dire la question de la considération pour les « bêtes » que la civilisation occidentale revisite, et d’autre part à la question de l’intelligence que les sciences cognitives et informatiques bousculent. En théologie chrétienne, la spécificité humaine est classiquement référencée au verset 27 du chapitre 1er du livre de la Genèse : « Dieu crée l’humain à son image, à l’image de Dieu Il le crée, mâle et femelle Il les crée[1]. »

Qu’est-ce que cette « image de Dieu » (imago Dei, en latin) ? En deux mille ans de christianisme, les réponses ont été nombreuses, variées et nuancées. Le plus souvent, elles tournent autour des thématiques de la liberté, de la volonté et de l’intelligence. Régulièrement, il est question de l’intelligence, comprise comme rationalité ou résolution de problèmes. Cette interprétation peut sembler fragilisée alors que les frontières entre l’animal humain et les autres animaux semblent se flouter, voire se fluidifier. Quoiqu’il en soi, Marius DOROBANȚU se demande s’il s’agit bien là de l’aspect le plus distinctif de la nature humaine et de l’image de Dieu ? Il défend notamment la thèse selon laquelle la relationnalité est la clé de ce que signifie être humain.

Ce déplacement a pour conséquence d’atténuer la difficulté de compréhension de ce qu’est l’intelligence et l’usage que nous en faisons à propos des algorithmes. Mais ce déplacement a également pour conséquence de poser d’autres questions… Un « robot intelligent » serait‑il une créature ? Autrement dit, une relation serait‑elle possible entre un « robot intelligent » et Dieu ? Puisque tout[2] est possible à Dieu, la condition de possibilité d’une telle relation serait donc la relationnalité ou capacité à entrer en relation — et pas simplement en rapport — de ladite « créature ». Autrement dit, faudra‑t‑il bâtir un jour une algor‑ologie[3] ? Une IA de niveau humain serait‑elle « invitée à avoir sa propre relation avec Dieu » ?

Ces questions — certaines sont de notre cru —, qui peuvent paraître inattendues ou choquantes, ne sont néanmoins pas le cœur de ce travail. En effet, un robot est une fabrication, une sorte d’outil‑esclave. De plus, « un robot intelligent serait probablement un type de créature radicalement différente, plus différente de l’homme que ne le sont les animaux » observe Monsieur DOROBANȚU. Cette réflexion permet surtout de « retenir une interprétation multiniveau de l’imago Dei centrée à la fois sur la relation et la relationnalité ».

J’assisterai donc tout à l’heure à cette soutenance et aurai plaisir d’ici vendredi à vous partager ce que j’en retiens, ce qui m’a paru nouveau, peut-être ce qui aura corrigé ma première impression.


[1] Traduction personnelle.

[2] Attention à ne pas mal comprendre cette toute‑puissance qui est nécessairement informée c’est‑a‑dire dirigée par l’amour puisque Dieu est amour. Dès lors, on comprendra facilement que Dieu peut tout mais ne veut pas n’importe quoi, pour être bref.

[3] Néologisme s’inspirant d’anthropologie pour évoquer une science qui se questionnerait sur la nature « robotique ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *