Qu’est-ce qu’un élève ? (2/3)

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Atteint par le péché originel

Lucas Cranach l’Ancien (1472–1553), Adam et Eve au Paradis, peinture à l’huile, 50,4 x 35 cm, 1533.

Toute personne est vulnérable comme nous l’enseigne notamment Gn 3 et l’expérience. Elle peut souffrir quoique cela ne dépend pas de notre nature préternaturelle mais des conséquences du péché originel. Parfois, il lui faudra tolérer sa souffrance et l’offrir aussi patiemment que possible mais le plus souvent, il est possible de combattre la souffrance. Comment l’Ecole accueille-t-elle nos limites ? Nous sommes des créatures. Comment l’Ecole accueille-t-elle nos blessures ? Nous sommes marqués par les péchés et leurs désordres. Comment l’Ecole nous fait-elle entrer dans ces compréhensions et nous accompagne-t-elle vers le discernement ?

L’enfant est appelé à découvrir sa nature raisonnable et la réaliser en actes. Raisonnable c’est-à-dire pouvant être rationnelle. Il lui faut appréhender son intelligence, ses formes, ses richesses et se fragilités. Il lui faut comprendre la différence entre désirer et vouloir. Vouloir c’est être passé par l’intelligence et avoir décidé, tranché. Vouloir c’est mettre toute sa force intérieure au service de sa décision : acter. Mais la volonté n’est pas toujours aussi déterminée et forte qu’il le faudrait : paresse, procrastination… sont des adversaires tenaces où nous devenons notre propre ennemi. Cela se soigne, cela s’éduque également pour que les dimensions de notre être s’unifient et que nous donnions le meilleur de nous-même.

Michel-Ange, Adam et Eve chassé du paradis, fresque (détails), Chapelle Sixtine, Rome (Vatican), 1508 – 1512

L’enfant est appelé à découvrir ses talents (Mt 25,14-30), les faire fructifier et orienter sa vie en tenant compte de ces réalités. Une mentalité fixiste (non chrétienne) pourrait l’en empêcher. L’indélicatesse et le mépris peuvent le convaincre qu’il est nul en tel domaine, pire encore qu’il est nul (tout court) ! Il importe au contraire qu’il intègre que s’il n’est pas riche de tout, ni pleinement autosuffisant, il est riche de quelque chose et qu’il est appelé à en vivre et à le partager à autrui. Nous vivons en communauté et nos communautés vivent de nos dons. Il est nécessaire que l’élève apprenne le sens de l’effort ; il n’est pas nécessaire qu’il fasse effort en toute chose. Il est nécessaire qu’il connaisse des réussites, des satisfactions, des fiertés. Sans doute, il connaîtra des échecs mais ils ne sont pas aussi nécessaires que les réussites… Ce qui importe, c’est d’apprendre à faire face à l’échec. Ce qui importe c’est d’accueillir humblement les uns et les autres et recevoir triomphe et défaite, ces deux menteurs d’un même front comme le dit Rudyard Kipling. Ainsi a joie pourra être profonde.

Quelle joie quand un ancien élève vous dit que désormais, il est heureux d’aller à l’école, il est en réussite. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il n’y a pas que l’accumulation de savoir dans la vie et que notre système « général » a de quoi interroger ses méthodes. Comme s’il fallait quelques élèves en échec pour être un « bon » professionnel… Fameuse constante macabre !

Plus important encore (cf. 1 Co 13), l’enfant est appelé à aimer. Il lui faut donc s’aimer et être aimé. Or l’amour peut être atteint par le péché, l’estime de soi réduite, voire détruite. Cet amour en lequel nous sommes boiteux, disons-le ; il doit être purifié et peut-être même appris ! C’est pourquoi je crois qu’il est essentiel que l’enseignant, l’éducateur aime le jeune qui lui ai confié. D’un amour chaste et ordonné, évidemment, et d’un amour déterminé. En existe-t-il d’autre ? Aimer c’est vouloir le bien. Dans cette nature touchée par le péché : le nôtre, le sien etc. Il nous faut apprendre à aimer : donner l’exemple et se former. L’écoute, la communication, l’éducation affective, relationnelle et sexuelle (EARS) devraient aussi être des compétences professionnelles.

Nous voyons bien que pour être elle-même, comprendre ce qu’elle vit et déterminer son horizon (ou plutôt l’accueillir), l’Ecole catholique a d’abord besoin de méditer sur les mystères de la foi. Nous l’exprimons ici trop rapidement mais ce travail serait absurde sans ce fondement et cette tension.

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