Qu’est-ce qu’un élève ? (1/3)

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Pour toute école c’est une question essentielle de se demander ce qu’est un élève. Surtout si l’on prétend placer « l’élève au centre du système éducatif » comme on le dit au moins depuis la Loi d’orientation sur l’éducation (n°89-486 du 10 juillet 1989) dite « loi Jospin ». En effet, comment ignorer sa raison d’être ? Pour l’Ecole catholique, c’est une question singulière car elle n’est pas d’abord pédagogique mais ressort avant tout de l’anthropologie biblique.

La création de l'homme (détail), mosaïque byzantine, cathédrale de Monreale (Sicile, Italie), XIIe-XIIIe s.
La création de l’homme (détail), mosaïque byzantine, cathédrale de Monreale (Sicile, Italie), entre 1176 et 1189 (date conjecturale).

Celle-ci enseigne notamment que « Dieu crée l’humain à son image, à l’image de Dieu il le crée, il les crée mâle et femelle. »  (Gn 1, 27) Ne l’oublions pas : tout enfant est une image de Dieu ; il n’est pas un adulte en devenir -ce qu’il deviendra probablement-, il est une personne hic et nunc (ici et maintenant).

Créature et personne déiforme…

La création du monde est semblable à un livre dans lequel éclate, est représentée et est lue la Trinité créatrice selon un triple degré d’expression : par mode de vestige, d’image et de ressemblance. L’idée de vestige se trouve dans toutes les créatures ; l’idée d’image dans les seules créatures intelligentes ou esprits raisonnables ; l’idée de ressemblance, dans les seules créatures déiformes.

Bonaventure, Breviloquium, II, 12, 1, texte latin de Quaracchi et trad. fr., Paris, Éditions franciscaines (coll. « Bibliothèque bonaventurienne »), 1967.

Toute personne -les enfants donc aussi- est une image du Dieu trinitaire. Cela suffit à nous faire comprendre quelle dignité est présente ! En tant que créature, celle d’être vestigium : trace de l’œuvre de Dieu et donc déjà signe du Créateur, de sa bonté, de son intelligence… En tant que personne, celle d’être imago ; saint Thomas d’AQUIN, reprenant Boèce, enseigne « persona est rationalis naturae individua substantia. » (La personne est la substance individuelle de nature raisonnable) (ST, I, q. 29, a. 1, arg. 1.) Ce faisant, il insiste notamment sur la dimension raisonnable, c’est-à-dire pouvant être rationnelle, de notre être. Il souligne précisément cette mémoire, cette intelligence, cette volonté spécifique qui peuvent être éduquée. En tant que personne déiforme, celle d’être instar : appelé à coopérer à l’œuvre de Dieu, à notre salut, à notre divinisation.

Michel-Ange, La Création d'Adam, fresque, 280 × 570 cm, Chapelle Sixtine, Rome (Vatican), 1508 - 1512.
Michel-Ange, La Création d’Adam, fresque, 280 × 570 cm, Chapelle Sixtine, Rome (Vatican), 1508 – 1512.

Plus loin évidemment, l’Aquinate précisera « verum est quod hoc nomen persona significat relationem in recto » (il reste vrai que le nom de « Personne » signifie directement la relation) (ST, I, q. 29, a. 4, rép.). Ainsi est honorée l’être trinitaire. La périchorèse en effet est essentiel à ce mystère. Elle souligne notamment l’être relationnelle, la vocation oblative de toute personne. Elle aide à comprendre l’union sans confusion dans l’amour.

Toute personne est une image du Dieu trinitaire. Cette circumincession doit donc également être contemplée en chaque enfant. Il faudra porter non seulement un regard sur cet individu mais plus largement sur sa personne. Il faudra se demander comment il s’inscrit dans ses communautés ? Il faudra se demander comment il est aimé ? comment il s’aime ? et comment il aime ? Pour cela, il sera nécessaire de se questionner notamment sur son intériorité (i.e. l’estime de soi).

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